Le contexte international et l’immigration
Entre 1791 et 1840, le monde change : révolutions américaine et française, guerres napoléoniennes, croissance industrielle de la Grande-Bretagne. Ces bouleversements influencent directement la colonie.
La Grande-Bretagne a besoin de bois pour ses navires lorsque Napoléon bloque ses approvisionnements européens (le blocus continental, 1806) : la colonie devient un important fournisseur. À partir des années 1815, la crise économique et les tensions sociales en Grande-Bretagne poussent des centaines de milliers de personnes à émigrer vers l’Amérique du Nord. L’immigration britannique augmente le poids des anglophones et nourrit l’inquiétude des francophones.
En 1812, les États-Unis déclarent la guerre à la Grande-Bretagne et tentent d’envahir les colonies. Des Canadiens, dont le major de Salaberry à Châteauguay (1813), participent à leur défense : cette guerre renforce la loyauté des Canadiens à l’égard de la Couronne.
La vie politique sous l’Acte constitutionnel (1791-1840)
L’Acte constitutionnel de 1791 divise la colonie en Haut-Canada (environ 10 000 habitants, majoritairement protestants et anglophones) et Bas-Canada (environ 160 000 habitants, majoritairement catholiques et francophones). Chaque colonie adopte les institutions du parlementarisme britannique.
| Institution | Composition | Pouvoir |
|---|---|---|
| Chambre d’assemblée | Députés élus par les hommes et les femmes propriétaires, sujets britanniques de 21 ans et plus | Vote les lois et les taxes, mais ses décisions peuvent être bloquées |
| Conseil législatif | Membres nommés par le gouverneur | Peut bloquer les lois de la Chambre |
| Conseil exécutif | Conseillers nommés par le gouverneur | Conseille le gouverneur et administre la colonie |
| Gouverneur | Nommé par le gouvernement britannique | Détient un droit de veto sur les lois votées |
La Chambre d’assemblée est élue, mais le pouvoir réel reste aux conseils nommés, qui peuvent bloquer ses lois. Cette tension est au cœur des luttes politiques jusqu’en 1837.
Deux partis, deux groupes sociaux
Parti canadien
Représente la bourgeoisie professionnelle francophone (avocats, notaires, médecins). Devient le Parti patriote en 1826.
British Party
Appelé aussi « parti des bureaucrates ». Représente la bourgeoisie d’affaires anglophone (marchands, grands fonctionnaires).
Des débats qui opposent les deux camps
- La langue : dès 1792, un débat éclate pour savoir quelle langue utiliser à la Chambre.
- La querelle des prisons : qui doit payer et contrôler la construction des prisons ?
- L’éducation : les Canadiens réclament des écoles publiques gratuites. La loi de l’Institution royale (1801) crée un réseau d’écoles sous contrôle du gouvernement, que beaucoup perçoivent comme un moyen d’assimilation.
- Les subsides : la Chambre réclame de contrôler les dépenses du gouvernement.
La presse : de la Gazette au Canadien
Le premier journal du Canada, The Quebec Gazette / La Gazette de Québec, paraît en 1764. Dans les années 1800, Le Canadien (1806), organe du Parti canadien, défend les droits de la majorité francophone. Sous le gouverneur Craig, le journal est saisi et ses animateurs emprisonnés (1810). La liberté de presse devient un enjeu politique.
La Clique du Château
L’expression « clique du Château » désigne le petit groupe de dirigeants issus de la communauté marchande anglophone qui exerce une influence dominante sur les conseils et occupe plusieurs postes de juges et de hauts fonctionnaires. Les Patriotes en font leur cible.
Le nationalisme
Le nationalisme est un mouvement qui défend l’identité d’un peuple et ses droits. Dans le Bas-Canada, la dualité linguistique divise la société en deux groupes distincts, et deux nationalismes s’affrontent.
Impérialisme et assimilation
Les anglophones défendent l’impérialisme britannique et souhaitent assimiler les Canadiens.
Religion, droit civil, langue
Les Canadiens défendent la religion catholique, le droit civil français et l’usage public de la langue française.

L’économie au temps de l’Acte constitutionnel
La fourrure
Le commerce des fourrures connaît son apogée puis décline. La fusion de la Compagnie du Nord-Ouest avec celle de la baie d’Hudson en 1821 met fin à la concurrence montréalaise.
Le bois
L’industrie forestière devient la principale activité d’exportation : chantiers, scieries, cages de bois flottées vers Québec, construction navale.
Les transports
Bateau à vapeur (1809), canal de Lachine (1825), canal Rideau (1832), premier chemin de fer du Canada (1836).
Pendant ce temps, l’agriculture traverse une crise : les seigneuries sont surpeuplées, les terres s’épuisent et les rendements du blé baissent. Beaucoup de familles de cultivateurs n’ont plus de terres à léguer à leurs enfants.

La société du Bas-Canada au début du 19e siècle
Des mouvements de population
- Surpeuplement des campagnes : les jeunes quittent les seigneuries vers les villes (début de l’industrialisation), vers de nouvelles régions de colonisation comme le Saguenay et le lac Saint-Jean, ou vers les États-Unis (Nouvelle-Angleterre).
- Cantons : à partir de 1796, les terres des Cantons-de-l’Est sont distribuées selon le système des cantons britanniques.
- Immigration britannique : la majorité des immigrants s’établissent dans le Haut-Canada et aux États-Unis ; dans le Bas-Canada, surtout à Montréal, à Québec et dans les Cantons-de-l’Est.
Les épidémies
Les immigrants sont parfois porteurs de maladies. La station de quarantaine de Grosse-Île, ouverte en 1832, se révèle insuffisante : une épidémie de choléra frappe le Bas-Canada dans les années 1830.
Pourquoi le surpeuplement des campagnes contribue-t-il à nourrir le mécontentement politique des années 1830 ?
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Les paysans n’ont plus de terres à transmettre à leurs enfants, la crise du blé appauvrit les familles et plusieurs doivent émigrer. Ils sont donc sensibles au discours des Patriotes, qui dénoncent la domination des marchands anglophones et l’inaction du gouvernement.
Les rébellions de 1837-1838
Le Bas-Canada partage avec le Haut-Canada un objectif : donner plus de pouvoir aux élus de la colonie. Les réformateurs réclament la responsabilité ministérielle (que le gouvernement soit choisi parmi les chefs de la majorité de l’Assemblée) et un Conseil législatif élu. Dans le Bas-Canada, le Parti patriote de Louis-Joseph Papineau veut aussi qu’une minorité britannique ne puisse plus imposer son veto à la majorité.
L’escalade
Les 92 Résolutions
Présentées par Elzéar Bédard, elles rassemblent tous les griefs de l’Assemblée : terres, subsides, responsabilité du Conseil exécutif, justice. Elles demandent surtout un Conseil législatif élu. Londres refuse.
Les résolutions de Russell
Lord Russell refuse d’élire le Conseil législatif et rejette la responsabilité ministérielle. Le mécontentement atteint son sommet.
Affrontements
Le Doric Club (anglophone) et les Fils de la liberté (Patriotes) s’affrontent à Montréal le 6 novembre. Des mandats d’arrêt sont lancés. Les Patriotes gagnent à Saint-Denis, mais sont défaits à Saint-Charles puis à Saint-Eustache. La loi martiale est décrétée.
Deuxième soulèvement
Robert Nelson proclame la République du Bas-Canada. Les Frères chasseurs organisent un soulèvement en novembre, mais les rebelles échouent à Odelltown. La Constitution de 1791 est suspendue et un conseil spécial gouverne.
En juillet 1837, Mgr Lartigue s’adresse à près de 150 prêtres réunis pour le sacre de Mgr Bourget. Il les invite à rappeler à leurs fidèles qu’
« il n’est jamais permis de se révolter contre l’autorité légitime, ni contre les lois du pays »
et que les prêtres « ne devraient point absoudre dans le tribunal de la pénitence quiconque enseigne qu’il est permis de se révolter contre le gouvernement sous lequel on a le bonheur de vivre ».
- Quelle est la position de l’Église ? Pourquoi s’inquiète-t-elle ?
- Quel risque court un habitant qui participe aux rébellions ?
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1. L’Église s’oppose au recours aux armes et craint les idées libérales et républicaines, notamment la séparation de l’Église et de l’État. Plusieurs Patriotes veulent limiter le pouvoir de l’Église.
2. Il risque de se voir refuser l’absolution, donc d’être exclu des sacrements, ce qui a de lourdes conséquences dans une société très catholique.
Les conséquences
Les rébellions sont écrasées. Plusieurs villages sont incendiés. Après 1838, une douzaine de Patriotes sont pendus à Montréal (dont Chevalier de Lorimier, le 15 février 1839) et près de soixante sont déportés en Australie. Wolfred Nelson et d’autres chefs sont exilés aux Bermudes. Au Haut-Canada, William Lyon Mackenzie mène une rébellion semblable, qui échoue.
Louis-Joseph Papineau (1786-1871)
Seigneur et avocat, chef du Parti canadien puis du Parti patriote, il passe de l’admiration pour la constitution britannique à la lutte pour la démocratisation des institutions. Après la défaite de Saint-Charles, il s’exile aux États-Unis puis en France. Personnage complexe, il est considéré comme le premier véritable chef politique du peuple canadien-français.
Wolfred Nelson (1791-1863) et Robert Nelson (1794-1873)
Wolfred, médecin, dirige les Patriotes à Saint-Denis et remporte la victoire. Capturé, il est exilé aux Bermudes en 1838. Robert, réfugié aux États-Unis, devient le chef de la faction radicale ; en 1838, il proclame l’indépendance du Bas-Canada.
Étienne Parent (1802-1874)
Journaliste et rédacteur du Canadien, dont la devise est « Nos institutions, notre langue, nos droits ». Modéré, il se sépare de Papineau avant les rébellions, est emprisonné en 1838 et accepte ensuite l’Union et mise sur la collaboration avec les réformistes anglophones.
Robert Baldwin (1804-1858) et Louis-Hippolyte La Fontaine (1807-1864)
Réformistes qui réclament la responsabilité ministérielle. Baldwin reste neutre en 1837 puis reconstruit le Parti réformiste. La Fontaine, opposé d’abord à l’union, comprend qu’elle est le prix à payer pour obtenir un gouvernement responsable. Leur alliance permet de faire du français une langue officielle.




Lord Durham, son rapport et l’Acte d’Union (1840)
Pour enquêter sur les troubles, Londres envoie Lord Durham, un libéral surnommé « Radical Jack ». Arrivé à Québec en mai 1838, il dissout le Conseil exécutif, évite les procès des prisonniers politiques et exile huit chefs aux Bermudes. Critiqué par Londres, il démissionne et rentre en Angleterre à l’automne 1838. Son rapport (1839) propose l’union des deux Canadas et une immigration massive d’anglophones.
« Les Canadiens français, d’autre part, ne sont que le résidu d’une colonisation ancienne. Ils sont destinés à rester toujours isolés au milieu d’un monde anglo-saxon. […] La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise […] y apparaît dans un état d’infériorité. C’est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais. […] Je désire plus encore l’assimilation pour l’avantage des classes inférieures. »
- Quel est l’objectif de Durham ?
- Quels mots révèlent son opinion sur les Canadiens français ?
- Quelle réaction ce texte peut-il susciter chez un nationaliste canadien-français ?
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1. Assimiler les Canadiens français à la culture anglaise, par l’union des deux Canadas et l’immigration.
2. « Résidu d’une colonisation ancienne », « état d’infériorité » : il considère leur culture comme inférieure et condamnée.
3. Indignation : le texte nie leur existence comme peuple et menace leur langue, leurs lois et leur religion ; il alimente le nationalisme canadien.
L’Acte d’Union
Après avoir obtenu l’accord des conseils spéciaux des deux colonies, le Parlement britannique adopte en juillet 1840 l’Acte d’Union, qui entre en vigueur en 1841. Le Haut-Canada et le Bas-Canada sont fusionnés en une seule province, le Canada-Uni, avec une seule assemblée où chaque partie est représentée à égalité, et l’anglais comme seule langue officielle. Le but est d’assimiler les francophones.
L’assimilation n’aura pas lieu : Baldwin et La Fontaine s’allient, obtiennent la responsabilité ministérielle en 1848 et font annuler l’interdiction du français comme langue officielle. Cette suite fait partie de l’histoire que tu étudieras en secondaire 4.

Ligne du temps
De l’Acte constitutionnel à l’Acte d’Union : un demi-siècle de revendications.
Schéma de synthèse
Le schéma conceptuel du chapitre : les grands thèmes, leurs liens et l’essentiel à retenir. Active le mode révision pour cacher le contenu et te tester.
Carte des deux Canadas
Où se situent les principaux lieux du chapitre ?
Glossaire et cartes-éclairs
Cherche un concept, devine sa définition, puis retourne la carte pour vérifier.
Quiz de fin de chapitre
Réponds aux questions : tu obtiens la correction et l’explication immédiatement.