HQCManuel · Sec. 3
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Chapitre 2 · 1608 – 1760

L’évolution de la société coloniale sous l’autorité de la France

Comment la société coloniale évolue-t-elle sous l’autorité de la France entre 1608 et 1760 ?

8 sections13 événements2 documentsQuiz de 24 questions
Section 1

La colonie comptoir (1608-1663)

Au début, la Nouvelle-France n’est pas une vraie colonie de peuplement : c’est un comptoir destiné à faire commerce des fourrures.

Pourquoi la fourrure ?

À l’époque, les États européens appliquent le mercantilisme : la puissance d’un État dépend de la quantité d’or et d’argent qu’il possède. Une colonie doit donc enrichir la métropole en lui fournissant des ressources. En Nouvelle-France, la ressource est la fourrure de castor, très demandée en Europe.

Des compagnies à monopole

Pour exploiter cette ressource, le roi accorde à des compagnies un monopole (l’exclusivité du commerce) en échange de privilèges et d’obligations : transporter, construire des postes de traite et installer des colons. La plus célèbre est la Compagnie des Cent-Associés (1627-1663). Mais les compagnies s’intéressent surtout à leurs profits : en 1663, la colonie ne compte qu’environ 2 500 habitants.

Alliances et guerres

Pour s’approvisionner en fourrures, Champlain fonde Québec en 1608 et s’allie avec les Innus (Montagnais), les Algonquins (1603) et les Hurons-Wendat (1609). Ces alliés servent d’intermédiaires auprès des nations de l’intérieur. Mais cette alliance entraîne les Français dans les conflits avec les Iroquois : ce sont les guerres iroquoises, qui culminent avec la destruction de la Huronie (1649).

Le territoire se structure peu à peu : Trois-Rivières (1634), Ville-Marie, future Montréal (1642). Les premiers gouverneurs sont Champlain, puis Montmagny.

📊 Document 1 · Qui fait quoi dans la traite des fourrures ?
ActeurAvant 1649Après 1649
Autochtones alliésChassent, préparent les peaux et les transportent jusqu’aux postes de traite ; les Hurons-Wendat sont intermédiaires auprès des AlgonquinsAprès la destruction de la Huronie, ce sont les Français qui doivent aller chercher la fourrure
FrançaisÉchangent aux postes (foires à Québec, Trois-Rivières, Montréal)Troquent eux-mêmes la fourrure, en pénétrant vers les Pays-d’en-Haut
CompagniesExpédient la ressource en France
Source : synthèse de Diane Plourde, CSDM, adaptée.
À toi d’analyser
  1. Quel événement change le rôle des Français dans la traite ?
  2. Quelle conséquence cela a-t-il sur l’occupation du territoire ?
Voir une piste de réponse

1. La destruction de la Huronie en 1649 : les intermédiaires hurons disparaissent.

2. Les Français doivent se rendre eux-mêmes dans l’intérieur du continent, ce qui favorise l’exploration et les déplacements vers les Pays-d’en-Haut.

Louis Hébert : le premier colon-agriculteur

L’apothicaire Louis Hébert, sa femme Marie Rollet et leurs enfants forment la première famille de colons installée au pays. Malgré l’opposition de la compagnie qui détient le monopole de la traite, il parvient à vivre de la culture de la terre. Attention : plusieurs Premières Nations cultivaient le maïs, la courge et le haricot bien avant lui.

Pourquoi tant de compagnies, si peu de colons ?

Les compagnies reçoivent un monopole sur la traite à condition de peupler la colonie. Mais les colons coûtent cher et rapportent peu, alors que la fourrure rapporte beaucoup : elles préfèrent donc le commerce au peuplement.

L’Habitation de Québec
L’Habitation de QuébecDessin de Champlain : le poste fortifié construit en 1608, avec un magasin, des logements, une palissade et un fossé.Samuel de Champlain, Les Voyages, 1613. Wikimedia Commons, domaine public.
La bataille de 1609
La bataille de 1609Champlain se dessine lui-même, arquebuse à la main, entre ses alliés innus, wendats et algonquins, face aux Mohawks près du lac Champlain.Samuel de Champlain, 1613. Wikimedia Commons, domaine public.
La Nouvelle-France selon Champlain (1612)
La Nouvelle-France selon Champlain (1612)Une des premières cartes détaillées du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Champlain s’appuie sur ses voyages et sur les informations de ses guides autochtones.Samuel de Champlain, 1612. Wikimedia Commons, domaine public.
Section 2

L’Église catholique en Nouvelle-France

La Nouvelle-France est une société profondément catholique : les protestants (huguenots) n’y sont pas admis comme colons. L’Église joue un rôle bien plus grand qu’aujourd’hui.

Missions

Récollets et Jésuites

Les Récollets arrivent en 1615, les Jésuites en 1625. Ils évangélisent les nations autochtones et rédigent les Relations.

Éducation et santé

Communautés féminines

Ursulines et Hospitalières (1639) à Québec, congrégation de Notre-Dame de Marguerite Bourgeoys à Montréal (première école en 1658) : elles éduquent et soignent.

Direction

Mgr de Laval

Vicaire apostolique en 1659, puis premier évêque de Québec en 1674. Il fonde le Séminaire de Québec (1663).

L’Église possède des seigneuries (dès avant 1640), perçoit la dîme et tient les registres de baptêmes, mariages et sépultures. Elle encadre la vie de la naissance à la mort.

Marguerite Bourgeoys
Marguerite BourgeoysFondatrice de la congrégation de Notre-Dame, elle ouvre la première école de Montréal en 1658.Estampe de C. Simonneau d’après un portrait de Pierre Le Ber (vers 1700). Wikimedia Commons, domaine public.
Section 3

La colonie royale et son peuplement (1663-1760)

En 1661, le jeune Louis XIV décide de gouverner seul : c’est la monarchie absolue (absolutisme). En 1663, il met fin au monopole des Cent-Associés : la Nouvelle-France devient une colonie royale, directement administrée par le roi, avec son ministre Colbert. Pierre Boucher, envoyé plaider la cause de la colonie auprès du roi, contribue à ce changement de cap.

Une administration à trois têtes

Autorité militaire

Gouverneur

Représente le roi, dirige l’armée et les relations avec les alliés autochtones.

Justice, police, finances

Intendant

Administre le quotidien de la colonie. Le premier, Jean Talon, développe le peuplement et l’économie.

Autorité religieuse

Évêque

Dirige l’Église. Le Conseil souverain, créé en 1663, enregistre les lois et fait office de tribunal.

Les habitants n’élisent personne : tout le pouvoir vient du roi.

Peupler la colonie

En 1665, le régiment de Carignan-Salières arrive pour combattre les Iroquois. En 1666, une expédition détruit des villages agniers, ce qui mène à la paix. Plusieurs soldats s’établissent ensuite comme colons.

Le roi finance aussi l’immigration de engagés (3 900 sous le Régime français) et de Filles du roi (1663-1673), des jeunes femmes recrutées pour épouser les colons. Selon la politique de Talon, on encourage aussi les familles nombreuses.

📊 Document 2 · Le recensement de Talon (1666)
RégionPopulation
Québec2 133
Trois-Rivières457
Montréal625
Total3 215

Parmi cette population, on ne compte que 65 femmes en âge de se marier. À titre de comparaison, les Antilles françaises avaient déjà accueilli 5 000 Français après une quinzaine d’années de colonisation.

Source : recensement de Jean Talon, 1666, d’après les notes historiques de la période 2.
À toi d’analyser
  1. Pourquoi l’intendant juge-t-il ce nombre insuffisant ?
  2. Quelle mesure prise après 1663 vise directement le déséquilibre entre hommes et femmes ?
Voir une piste de réponse

1. Avec seulement 3 215 habitants et très peu de femmes à marier, la colonie ne peut pas croître naturellement ; elle est faible face aux Iroquois et à la concurrence des colonies voisines.

2. L’arrivée des Filles du roi (1663-1673), dont le voyage est payé par le roi.

Une population qui croît surtout par ses naissances

Les femmes se marient vers 25 ans, les hommes vers 28 ans. Les familles comptent en moyenne six ou sept enfants, et 40 % des femmes qui atteignent la ménopause ont dix enfants ou plus. Les 1 000 femmes immigrées au 17e siècle ont ainsi, 50 ans plus tard, environ 55 000 descendants. En 1760, la population est d’environ 70 000 habitants.

D’où viennent les immigrants ?

Surtout de l’ouest de la France et de la région parisienne, et le plus souvent de villes. Beaucoup de Filles du roi viennent de l’Hôpital général de Paris, où elles ont été élevées.

Le métissage

Dans les Pays-d’en-Haut, en Acadie et en Louisiane, des Français s’intègrent aux nations autochtones et épousent des femmes autochtones. Les autorités encouragent d’abord ces unions au 17e siècle, espérant que les épouses adopteront le mode de vie français ; c’est généralement l’inverse qui se produit. Au 18e siècle, les élites les rejettent de plus en plus.

Jean Talon, premier intendant
Jean Talon, premier intendantÀ partir de 1665, il organise le peuplement et l’économie de la colonie.Claude François (frère Luc), 1671. Wikimedia Commons, domaine public.
L’arrivée des Filles du roi
L’arrivée des Filles du roiUne peinture du 20e siècle imagine l’accueil des Filles du roi à Québec. C’est une reconstitution, pas un témoignage d’époque.Eleanor Fortescue-Brickdale, vers 1927. Wikimedia Commons, domaine public.
Section 4

L’aménagement du territoire : le régime seigneurial

Pour organiser le territoire et favoriser le peuplement, le roi concède de vastes terres à des seigneurs (nobles, communautés religieuses, bourgeois). Ceux-ci doivent à leur tour concéder des terres à des censitaires (des paysans), qui les défrichent.

Fleuve Saint-Laurent Chemin du rang (deuxième rang derrière) Manoir Moulin Censives
Schéma simplifié : les lots étroits et allongés donnent chacun accès au fleuve, principale voie de communication.
Le seigneur doit…Le censitaire doit…
Concéder des terres aux habitantsDéfricher et cultiver sa terre
Bâtir un moulin banal et un manoirFaire moudre son grain au moulin (banalité)
Respecter les droits des censitairesPayer le cens et les rentes et accomplir des corvées

Les seigneuries sont perpendiculaires au fleuve. Les terres sont longues et étroites pour que le plus grand nombre de familles ait accès à l’eau et vive près des voisins. Les « rangs » se forment à mesure que le peuplement avance vers l’intérieur. Ce régime sera aboli en 1854.

Les seigneuries autour de Québec (1709)
Les seigneuries autour de Québec (1709)Sur cette carte, on voit bien les terres longues et étroites, perpendiculaires au fleuve.Gédéon de Catalogne, 1709. Wikimedia Commons, domaine public.
Section 5

La diversification de l’économie

Sous le Régime français, l’économie de la colonie dépend largement de la fourrure et de l’État. Le roi est le principal fournisseur et acheteur : il fixe les prix, investit dans les entreprises et contrôle la circulation des biens. La colonie coûte cher : elle achète presque toujours plus de marchandises à l’extérieur qu’elle n’en vend (sa balance commerciale est négative). Le roi s’endette d’environ 100 000 livres par année en Nouvelle-France.

Mercantilisme : à qui profite la colonie ?

Les politiques de Colbert (création d’ateliers, compagnies de commerce, taxes sur les produits étrangers) visent à enrichir la France. Selon certains historiens, l’État contrôlait tellement l’économie qu’il a empêché les marchands de la colonie de devenir riches et entreprenants.

Ressource clé

La traite des fourrures

Reste l’activité principale. Une grave crise la frappe pendant la guerre de succession d’Espagne : il est imprudent de dépendre d’une seule ressource.

Autres ressources

Pêche, bois, agriculture

La pêche se poursuit, la construction navale se développe à Québec et les forges du Saint-Maurice produisent du fer à partir de 1738.

Commerce

Les Antilles

Farine, poisson et bois sont échangés contre le sucre, le rhum et la mélasse des Antilles, dans les grands réseaux du commerce colonial.

Après la crise, Louis XV et son ministre Maurepas adoptent des politiques plus ouvertes, qui favorisent le commerce avec l’extérieur et la création d’entreprises dans la colonie.

Section 6

L’organisation sociale

La société de la Nouvelle-France est hiérarchisée, mais plus souple que celle de la France : la terre est plus accessible, les privilèges moins marqués.

Haut de la hiérarchie

Noblesse et clergé

Seigneurs, officiers de l’armée et de l’administration, évêque et membres des communautés religieuses.

Nouveau groupe

Bourgeoisie

Marchands, négociants et gens de loi, surtout dans les villes de Québec et de Montréal.

Majorité

Habitants et artisans

Paysans, artisans et petits commerçants, qui forment la grande majorité de la population.

Nouveaux acteurs

Coureurs des bois

Hommes qui s’enfoncent à l’intérieur du continent pour traiter la fourrure ; certains s’intègrent aux nations autochtones.

Sans liberté

Personnes asservies

L’esclavage existe aussi en Nouvelle-France : plusieurs milliers de personnes, surtout des Autochtones (les Panis) et des personnes noires, y sont asservies.

Défi d’analyse · Pourquoi si peu d’habitants ?

En 1760, la Nouvelle-France compte environ 70 000 habitants, alors que les Treize colonies britanniques en comptent plus d’un million. Propose deux facteurs qui expliquent cet écart.

Voir une piste de réponse

• Le peuplement a été négligé par les compagnies à monopole, surtout intéressées par la fourrure.

• Les protestants n’étaient pas admis, et l’émigration depuis la France a été limitée ; le froid, les guerres iroquoises et le coût du voyage ont aussi freiné l’immigration.

Section 7

La rencontre entre Autochtones et Européens

Pendant tout le Régime français, les nations autochtones sont des partenaires indispensables : sans elles, pas de traite, pas d’alliances militaires, pas de connaissance du territoire. Les Français apprennent d’elles le canot, les raquettes et les cultures du maïs ; elles reçoivent en échange des armes, des chaudrons, des tissus.

Mais le contact a aussi des effets dramatiques : épidémies d’origine européenne (variole), alcool, évangélisation et dépendance à l’égard des produits européens. Plusieurs nations se déplacent vers des missions près de la vallée du Saint-Laurent (par exemple Kahnawake ou Lorette).

La Grande Paix de Montréal (1701)

Après des décennies de guerre, les Français concluent la paix à Montréal avec une quarantaine de nations autochtones, dont les Iroquois. Les nations s’engagent à régler leurs différends par la diplomatie. Les Français gardent ainsi leurs alliés et s’assurent un commerce sûr vers les Pays-d’en-Haut.

Alliés, pas sujets

Les nations autochtones restent libres et autonomes. Les Français doivent leur offrir des présents et respecter les règles de la diplomatie autochtone (discours, wampums, festins) pour garder leur alliance.

Les Pays-d’en-Haut

Vaste région à l’ouest des Grands Lacs, où les coureurs des bois troquent les fourrures. À partir de 1681, un congé de traite (permis) est nécessaire pour y faire commerce.

Section 8

Les conflits intercoloniaux

La France et l’Angleterre se disputent l’Amérique du Nord. Les guerres d’Europe se prolongent dans les colonies, où chacune s’appuie sur ses alliés autochtones.

1701-1713

Succession d’Espagne

Le traité d’Utrecht (1713) oblige la France à céder l’Acadie, Terre-Neuve et la baie d’Hudson. Elle fonde Louisbourg sur l’île Royale.

1755

Déportation des Acadiens

Les Britanniques déportent des milliers d’Acadiens, refusant qu’ils restent sur leurs terres sans prêter un serment inconditionnel.

1756-1763

Guerre de Sept Ans

Bataille des plaines d’Abraham (13 septembre 1759), victoire de Lévis à Sainte-Foy (avril 1760), puis capitulation de Montréal le 8 septembre 1760.

Avec la capitulation de Montréal, signée par le gouverneur Vaudreuil et le général Amherst, la Nouvelle-France passe sous contrôle britannique : c’est la fin du Régime français.

La prise de Québec (1759)
La prise de Québec (1759)Gravure britannique publiée peu après la bataille : les troupes de Wolfe débarquent à l’Anse-au-Foulon et escaladent la falaise pour atteindre les plaines d’Abraham.Publiée par Robert Wilkinson, vers 1760. Metropolitan Museum of Art. Wikimedia Commons, domaine public (CC0).
La mort du général Wolfe
La mort du général WolfeTableau peint 11 ans après la bataille. Le peintre ajoute des personnages qui n’étaient pas là, dont un guerrier autochtone : c’est une œuvre qui fait de Wolfe un héros.Benjamin West, 1770. Wikimedia Commons, domaine public.
Transition

Que devient la population canadienne après la Conquête ? C’est l’objet du chapitre 3.

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Ligne du temps

De Champlain à la capitulation de Montréal : 150 ans en 13 étapes.

Outil

Schéma de synthèse

Le schéma conceptuel du chapitre : les grands thèmes, leurs liens et l’essentiel à retenir. Active le mode révision pour cacher le contenu et te tester.

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Cartes de l’atlas

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Outil

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